« Kandi, pays Dendi »

Posted on
Le vieux baobab trône fièrement aux portes du Sahel. La récolte du coton a eu lieu il y a quelques semaines, seules subsistent les tiges brûlées par le soleil.

17 heures à subir les arythmies d’un moteur à l’agonie… 17 heures à frôler ces fameux Titans, gavés de coton à en vomir le long de la voie ; ils roulent vers le Sud en éructant une épaisse fumée noire à chaque changement de vitesse. Cela fait des centaines de kilomètres que je défie d’un regard embué par la fatigue, un paysage déjà épuisé par une saison sèche qui ne fait que commencer.

C’est la première fois que je monte tout là-haut, purge initiatique m’invitant aux confins du pays, là où Bénin, Niger et Nigeria se courtisent âprement et sèment les fruits d’amours confessionnels compliqués. Résonances sahéliennes et arrière-goût d’Harmattan me mènent à Kandi, dernière ville importante avant le pont de Malanville, souricière enjambant le fleuve Niger, longue balafre charriant les maux séculaires de l’ouest africain.

Après des centaines de milliers de kilomètres de route, ce vieux mastodonte est venu mourir en paix à Kandi.

Un Sud bigarré, bruyant, berceau du vaudou et fourre-tout chrétien s’efface et laisse place à un Nord beaucoup plus cru, au climat rude et dont l’Islam omniprésent m’interpelle instantanément. Il y a peu, j’ai quitté une Europe défigurée par des tensions politico-religieuses et mutilée par les véhémences intégristes de barbares salissant la sagesse religieuse au nom de l’obscurantisme. Il m’aura fallu survoler la Méditerranée, fosse commune où viennent sombrer des espoirs anonymes, et atterrir ici – où la pudeur se donne bonne conscience en parlant de « pays les moins avancés », termes rassurants et jugés moins obsolètes pour définir des pays dont le développement est une carence amère – pour m’asséner une leçon de vie profondément marquante.

La nuit a été fraîche, le vent sec du désert m’a assailli sans relâche et la poussière vient insidieusement rappeler à mes yeux brûlants qu’ils auraient dû rester fermés. Le soleil n’a pas encore daigné pointer son premier rayon, les barrissements lointains de l’appel à la prière parviennent jusqu’à moi d’un amble conquérant : Kandi, pays des Dendis, des Baatombu, des Peuhls et bien d’autres, région bardée de rites et de coutumes où mixité ethnique et religieuse sont venues scarifier son Histoire.